Marianne Guillou a remporté le prix Jeune Public de la Biennale 2019.
Son installation « Pas sans toi ma reine » se composait de centaines de petites gravures réunies en essaims. Quasi sur chaque gravure, une abeille, quelques taches jaunes et la cire, jaune elle aussi et qui relie le tout. C’est en consultant les photos sur le site que l’artiste a choisi son emplacement et présenté un projet inscrit dans un lieu précis : un couloir vitré de toute part. Sans s’intéresser aux murs.

– J’ai choisi un emplacement que personne n’allait occuper, explique-t-elle. Judicieusement placée entre dedans et dehors, son installation arrête le regard du spectateur, permet de circuler dans la cour, invite à s’en aller et à revenir. 
Dans son projet pour la Biennale, tous les éléments ont leur symbolisme, il ne s’agit pas d’un l’aspect purement visuel. La cire définit l’ouvrière ailée, le papier qui a la taille d’un bulletin de vote est comme un tract, c’est le moyen de diffusion d’une pensée. L’encre noire c’est la couleur de l’imprimerie, des mots., mais aussi la couleur de l’abeille Apis Mellifera Mellifera reconnue pour sa capacité à un essaimage naturel, atout indispensable au renouvellement des colonies sauvages. L’encre jaune et la cire ont la couleur du soleil et du réchauffement, mais aussi la couleur du miel, l’or de l’abeille. Le verre c’est la transparence, l’anti plastique, le plafond de verre, l’architecture contemporaine. 

Sur la note biographique de Marianne Guillou nous lisons : formation aux Beaux arts de Rennes en sculpture.C’est clair, à la Biennale elle a appréhendé les espaces en sculptrice, et s’est servi de gravure comme support. Pour elle, comme pour beaucoup d’artistes actuels, il n’y a pas de frontière entre les techniques. On se sert d’un média, ou d’un autre, selon le besoin, selon le lieu.
Le père de Marianne étant sculpteur sur bois, elle a grandi dans un milieu propice au développement des talents. « Il faut toujours avoir une gouge dans son sac à main » dit-elle.

– Mais revenons-en à tes débuts, Marianne…
– Dès l’entrée aux Beaux Arts de Rennes, en sculpture, je manifeste un grand intérêt pour la scénographie, confie-elle, mais l’atelier dédié ferme juste lorsque j’arrive dans cette école !». Changement de cap donc et rencontre avec Pierre Székely, Marianne commence à travailler le granit rose dans les carrières de Ploumanach, elle est amenée ensuite à travailler autour du granit aussi, en Sardaigne. 

– Depuis quand vis-tu à Paris ?
– Depuis 1992…
Pour l’interview, nous sommes installées dans la cour du Collège qui, un peu silencieuse depuis 12 ans, n’accueille plus d’enfants mais… une profusion de plantes venues avec le vent et des oiseaux. Une jungle où l’on se perd au détour des troncs abandonnés, goutant quelques cerises bien acides et admirant en haut d’un sureau des rayons de cire blanche laissés, comme tous les ans, par un essaim en migration printanière. Le soleil joue avec le nuages, le regard de Marianne se promène dans les arbres. On est réellement loin de la ville ici, dans cette enclave. Le passé remonte, l’arrivée à Paris, l’installation, comment faire pour travailler librement sa technique, avoir un atelier… Pour toute sorte de raison technique, Marianne Guillou arrête temporairement la sculpture. Une suite de rencontres, de hasards et d’accidents. D’ailleurs en 2006 lors de l’exposition « le précieux ce l’enveloppe », elle évoque clairement l’idée de « l’accident artistique ». À Paris Marianne se consacre au dessin, aux bijoux, elle travaille également l’argile et commence depuis l’an 2000 à donner des cours. La vie de famille prend aussi sa place. 

– Quid des autres techniques ? Marianne, depuis quand pratiques-tu la gravure ?
– Rencontrées également aux Beaux Arts, la lithographie et la gravure, surtout la gravure sur bois, si proche dans le geste de la taille directe, m’accompagnent tout au long de mon parcours. 

Pendant une période l’artiste retravaille la pierre, c’est SON matériau. Mais elle est obligée d’aller vers quelque chose de plus tendre que le granit, comme la stéatite ou l’albâtre. Cette période est ponctuée par quelques sculptures.
– Jusqu’à l’arrêt total de la taille directe. Suite à un accident de vélo, où je me casse un bras. Je suis obligée d’arrêter.
Le travail d’argile se révèle salvateur, pour le bras meurtri aussi. Elle travaille également le bois, en gravure.

– Quelles sont tes thématiques, Marianne, toutes techniques confondues ?
– Je suis extrêmement proche de la nature et j’ai toujours sur moi mes crayons de couleur ou une boîte d’aquarelles. C’est une source de contemplation et d’interrogation même en pleine ville, je remarque toujours une plante qui fait sa place entre deux pavés…. et cela me renvoie toujours à la place que nous occupons, à nos traces, à nos empreintes.


Marianne s’inspire de la nature et s’en imprègne. En Bretagne, ou ailleurs, où qu’elle ne soit, l’artiste s’inscrit aisément dans l’environnem ent naturel. Nous l’avons vue lors de son installation à la Biennale se perdre dans la cour en friche, y cherchant des écorces, rester longtemps à réfléchir… 

L’heure passe, les ombres se sont déplacés. Le merle annonce-il un changement de luminosité ? Je dois poser mes dernières questions. Mais avant cela…
– Parlons un peu de l’importance de l’écriture dans mon travail, dit Marianne. Car partout elle s’appuie beaucoup sur le mot, son étymologie, cherchant des correspondances entre le langage et le visuel. En fait, ce n’est pas un carnet mais deux qui accompagnent Marianne, partout. Dans l’un elle dessine, dans l’autre elle s’exprime avec des mots… l’écriture est un média, sans prétention, un murmure qui accompagne. 

– Pourquoi avoir candidaté à la Biennale de Gentilly ? 
– Créer avec un lieu c’est avoir une jolie carte blanche. On se met en danger, se confrontant aux espaces inconnus. La platitude des murs n’intéresse pas Marianne. Tout comme lors de Mac Paris 2016, où elle a tout naturellement occupé des casiers de l’escalier, elle écoute toujours l’espace et s’y pose le temps d’une exposition.

La confrontation au public, intéresse beaucoup Marianne, elle était très présente lors de l’exposition, ce qui lui a valu des retours en forme des petits mots adressés aux abeilles, un très grand nombre des votes et le prix Jeune Public.  

Nous publions ici quelques photos retraçant le parcours de Marianne, beaucoup de techniques y sont représentées, mais l’unité est là.

 

Interview par Magda Moraczewska.

http://www.marianneguillou.fr/

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