L’expérience du confinement
vue par quelques artistes

17 mars – 11 mai 2020

Nous avons réuni dans cet article des récits du confinement, transcrits par quelques artistes. Des traces du vécu, à travers écrits, images, travaux finis ou esquisses, voici leurs témoignages. Parmi les artistes publiés dans les #26 épisodes, plusieurs nous ont parlé plus en détail de leur expérience concernant cette période étrange de la pandémie du Covid-19. Leur questionnement concerne l’enfermement, le présent et le futur proche, les inquiétudes liées à une situation inédite, éventuellement un vécu sans accès au lieu de travail… Chaque artiste présente quelques images et un texte, parfois une vidéo.

Le vécu personnel croise
le vécu collectif de la crise du Covid-19

L’artiste n’est pas une espèce à part et cette période, nous l’avons tous vécue de manière intense. Engagés ou non dans la vie active, dans la lutte quotidienne contre le virus, dans l’accompagnement d’un proche ou juste dans la résistance par obéissance, nous avons laissé des millions d’images, tweets, chansons, mails, sms, carnets et journaux plus ou moins intimes, du confinement. Le besoin de s’exprimer n’a épargné personne.
L’expression artistique a la particularité de sublimer, transformer et s’approprier le réel. En dehors de sa valeur de témoignage, au delà du moment, l’œuvre artistique existe en tant que telle, en tant qu’image pure et pourrait s’affranchir de « l’anecdote ». Mais l’œuvre a, encore et toujours, valeur de signe, et Covid-19 n’est pas une anecdote, mais un contexte précis dans lequel ces artistes s’inscrivent.

Le confinement a marqué les esprits. Les artistes ont tenté de dépasser les craintes et les contraintes. Le vécu du confinement serait devenu une matière quasi comme une autre, malléable, riche et universelle. Un point de rupture ou de départ.

Note : cet article vient compléter et approfondir les #26 épisodes de notre série « Artistes confiné(e)s », parus entre fin mars et mi-mai 2020.

Magda Moraczewska

Hélène Barrier

Instagram

Lors du confinement, l’artiste plasticienne textile et performer travaille autour des masques, en broderie et en dessin.

De nombreux artistes se sont emparés de l’idée du masque, de l’objet lui-même et de ses implications telles que les jeux de ressemblance, de communication, d’expression entravée… Pour Hélène Barrier la thématique du masque est sienne depuis quelques années déjà. Sa dernière réalisation, le Minotaure est devenu son alter ego masculin. Le travail de photo a été réalisé avec Matt van Assche, un artiste belge.

Et une vidéo de Matt van Assche visible ici

Tel un rituel de carnaval qui permet de passer d’un monde à l’autre le temps d’une fête, d’une cérémonie, ou même d’un deuil, pour s’imprégner du sacré et se relier à nouveau au monde.

extrait du texte d’Hélène Barrier

Carole Chapé

carole-chape.odexpo.com

Pendant le confinement l’artiste travaille des petits découpages en regardant par la fenêtre le bâtiment de l’ancien collège Pierre Curie de Gentilly qui « enferme » l’atelier de gravure. elle se saisit d’autres matérieux : papier ciseaux, cutter…

Un texte poétique accompagne le travail de Carole Chapé

D’abord
Plier, déplier, respirer
Couper le papier, ouvrir des espaces où la lumière, le temps et le vent peuvent circuler
Des motifs toujours plus petits, toujours plus compliqués,
Un projet chassant l’autre dans une course de fond
Boulimie
Le temps immobile,
On a le temps
Tant

extrait du texte de Carole Chapé

Juliette Choné

Facebook

Juliette Choné

Juliette Choné a tout son temps pour réfléchir, analyser la situation. Au tout début heureuse d’être seule, dessiner librement, plus tard elle se met à dessiner « pour ne plus penser, ne plus penser que je n’avais que ça à faire, dessiner ». Le dessin est un acte d’une grande force, à travers le dessin on communique certes mais tout simplement on respire, on se sent exister.

Être confiné c’est aussi être malade, prisonnier dans son corps, la mémoire court-circuitée, les souvenirs enfumés, envolés pour toujours. La maladie d’Alzheimer confine les êtres. Cette garce m’a volé mon père. Perdre la mémoire c’est perdre sa vie, ses combats, ses passions, ce que l’on a été. Ne plus se souvenir de ce que l’on a aimé, de ceux que l’on a aimés. Être dans son monde, ne plus être au monde. Laisser ses enfants sur le bas- côté.
Être confiné c’est aussi être un animal d’élevage industriel, un bœuf, un cochon, un poulet ou encore un saumon, privé de ses droits les plus élémentaires tels que se mouvoir, se laver, voir le ciel, respirer l’air du dehors ou d’une eau pure. C’est avant même d’être froidement abattu, être considéré comme un simple objet, une marchandise.
Le raciste, l’intolerant, est aussi un confiné. Confiné dans des idées fausses et étroites, si étriquées qu’il ne peut respirer et qu’il en vient à prendre le souffle de l’autre comme l’équarrisseur prend celui du bétail. Sans pitié.

extrait du texte de Juliette Choné

Franck Claudon

franckclaudon.com

Lors du confinement l’artiste entreprend un travail de longue haleine. À l’aide dE tissu, sequins et cabochons, il réalise une camisole de force. Il ne s’agit pas d’un vêtement, même si cette petite veste écrue en a des allures.
Franck Claudon, dans le texte qui accompagne ce travail parle d’autoportrait, mais aussi de l’éloge de la lenteur, de l’enfermement volontaire, du fil rouge qui remplace le fil blanc, manquant à cause du confinement…

et le Fou en vidéo

La camisole est une œuvre suspendue, posée sur une carcasse de fil de fer, qui suggère une vie fragile, que le regardeur peut troubler en tirant sur une des manches pour faire tinter les perles et grelots qui pendent à l’intérieur du Fou.
Regarder dans l’œuvre, c’est vivre son expérience, faire son propre jeu.


extrait du texte de Franck Claudon

Mélanie Duchaussoy

melanieduchaussoy

Mélanie Duchaussoy pratique le monotype et la céramique. Son travail s’inscrit parfaitement dans ces moments du confinement, que certains ont qualifié « hors du temps ». Avec du temps devant elle, du temps mais pas toujours l’impérieuse envie, l’artiste conçoit une série de formes fermées-ouvertes, maisons sans les murs, des gisants mais debout. Elle travaille avec des restes des terres, dont l’association hasardeuse frise la rupture. C’est physique, c’est comme ça.

Ainsi va la vie : modelage-monotype, le temps ne s’arrête jamais. C’est la chanson douce qui me fera me lever pendant le confinement, l’impatience du résultat. Est-ce cela la créativité ? Quoi qu’il en soit ? quoi qu’il se passe ? J’ai beaucoup de questions et si peu de réponses.


extrait du texte de Mélanie Duchaussoy

Michèle Mascherpa

michelemascherpa.fr

L’artiste a réalisé une série des maisons en carton. Sans accès à son atelier, elle y a rajouté des éléments de ses gravures préexistantes. Les maisons sont présentées sous cloche de verre, dont le symbolisme s’ajoute à celui de la maison.

La symbolique de la maison s’offrait à moi comme une évidence; l’image du confinement .
Les éléments gravés sont «posés » sur la surface cartonnée comme pour être à la fois l’expression de l’extérieur ET de l’intérieur. Comme le tatouage sur la peau est à la fois un éléments visible, que l’on regarde mais aussi un élément personnel et intime .


extrait du texte de Michèle Mascherpa

Françoise Morel

Instagram , wixsite.com

Florence Morel a fabriqué pendant le confinement une série de mini pièces en céramique, avec très peu de terre en divisant sa réserve en 60 petits morceaux, comme si le confinement ne pouvait durer au-delà …

C’est à travers les objets de mon « ordinaire » que j’ai choisi de réaliser un espèce de «journal» de confinement. Comment les circonstances ont- elles modifié mon usage ou mon regard sur ces objets sans intérêt ? Quel est leur place dans ce quotidien confiné ?


extrait du texte de Françoise Morel

Florence Pinson-Ynden

flopinsonynden.com

Ayant séjourné 5 ans en Chine, Florence participe dès février 2020 à une action de soutien aux personnels soignants et habitants de Wuhan en réalisant une création artistique. Elle enchaine sur une série de sculptures qui questionnent cette période particulière.

Lorsque cette surréaliste & effrayante vague est arrivée en France, malgré des conditions de confinements très confortables, j’ai été ébranlée.La tristesse a enveloppé l’inquiétude. Quel gâchis!
Par la suite, la rage et le déni d’un lendemain économique incertain ont pris place en moi. Et le travail actuel s’est entouré de parenthèses. Mais le besoin de dire, d’exprimer ce vécu viscéral est devenu un besoin. Donner formes à ce ressenti pour pouvoir prendre du recul était devenu urgent.


extrait du texte de Florence Pinson-Ynden

Dominique Ribes

dominiqueribes.fr

L’artiste nous décrit l’expérience du confinement comme celle de l’accroissement. Habituée à puiser son inspiration à l’extérieur, dans les mots, des mouvements ou des lignes des corps, lors du confinement Dominique Ribes a mis toute partie de son travail habituel en parenthèse. Sans en faire un sujet plastique, l’artiste en a un peu malgré elle subi l’influence et ses nouveaux travaux s’en ressentent.

Internet et les réseaux sociaux ont permis de maintenir le lien et j’ai été attentive aux opérations de soutien aux artistes qui se mettaient en place. Un appel à artistes pour des « cadavres exquis dessinés » été lancée par l’atelier d’Emma (Saint-Raphaël): il s’agissait de maintenir un lien entre artistes pour continuer d’échanger via un dialogue par le trait et l’imaginaire.


extrait du texte de Dominique Ribes

Françoise Spiess

francoisespiess.fr

Les « Fragments d’oublis » ont été réalisés par Françoise Spiessen février 2020, lorsque le Coronavirus commençait à s’installer en France, évoquent notre enfermement, notre mise à distance les uns des autres.

Laurence Verrier

accompagnée de Géraldine Berger et Pauline Picot

En lutte pour créer.
En éclats.

évènement Facebook

youtube

Instagram

Géraldine Berger, comédienne et performeuse, Pauline Picot, autrice, et Laurence Verrier, photographe. Ces trois femmes artistes ont crée pendant ce confinement, une série de vidéos en stop motion, c’est une rencontre virtuelle née lors du confinement, sans pouvoir se rencontrer.

C’est l’histoire d’une ténacité d’artistes, en lutte contre les salles fermées et les corps éloignés.

Laurence Verrier travaille avec Géraldine Berger depuis longtemps, Pauline Picot les rejoint sur ce projet.

Publiées à partir du lundi 15 juin 2020, en même temps, sur trois sources différentes : l’Instagram de Géraldine, la chaîne YouTube de Pauline et la page Facebook professionnelle de Laurence.

Une première femme (Laurence) prend une série de photographies d’une deuxième femme (Géraldine) sous la forme de mini-scénarii narratifs, poétiques et surréalistes. Elles créent, à partir de ces photographies, des vidéos en stop motion. Géraldine met en voix, sur ces vidéos, des textes écrits par une troisième femme (Pauline). Cela donne une collection d’éclats de trois femmes qui ne se sont presque jamais vues en chair et en os !




extrait du texte de Laurence Verrier