Épisode 9 de notre série des artistes confinés. Artistes de la Biennale, 2017 ou 2019. Daniela Roman, Dominique Martigne, Isabelle Maarek, Magda Moraczewska, Frédéric Oudrix.

Durant le confinement…

Les artistes travaillent, avec ou sans atelier. Avec ou sans matériel… toute technique confondue. Ils n’ont pas possibilité d’exposer dans l’immédiat. Leurs projets actuels sont tombés à l’eau. Il faut qu’ils restent visibles et que leur travail circule sur les réseaux. En cette période trouble, période de confinement, nous devons servir de relais pour tous.

pourquoi faisons-nous cela ?

Chaque épisode présente 5 ou 6 artistes, certains ont participé à la Biennale, d’autres nous suivent de près.

Artistes participants

1 – Daniela Roman

Artiste sélectionnée de la Biennale 2017

danielaroman.com

Lors de cette résidence en Ardèche, je me suis installée dans une maison de maître qui appartenait à la famille Lafarge. Devenue fondation le château Verchaus, surplombant l’usine accueille un collectif d’artistes. Nos vies se mêlent aux fantômes bienveillants du lieu.

Devant ma fenêtre de l’autre coté de la grande route se trouve l’usine Lafarge Ciment. La ville Le Theil en Ardèche a été « dessinée » par l’usine Lafarge. J’ai tenté de retrouver ces temps anciens, ces restes de bâtiments, église, écoles que fréquentaient les ouvriers. J’ai eu une vision de la ville active faite de poussière, de fumée et d’odeurs. Au bout la cimenterie « Lafarge ciment » usine mère du groupe multinationale continue à creuser la montagne. Les machines rapides ont remplacé la main d’œuvre. Il reste La Cité Blanche ancien familistère de l’usine qui est bordée par le Rhône. L’héliogravure qui utilise l’épaisseur de l’encre m’a semblé ressusciter les grains de la chaux et du ciment qui accompagnaient le quotidien des habitants.

Cette méthode Solar plates, plus simple, me permet de transférer chaque image photographique sur une plaque et de l’imprimer sur du papier gravure. A ce stade du travail, j’ai commencé à utiliser du papier collé et j’ai le projet de couler les estampes dans du ciment. Cet assemblage entre le papier et le ciment et l’usine est l’aboutissement d’une idée, d’un état. Pour moi c’est grâce au confinement que je peux réaliser cet assemblage.

En ces temps de confinement :

  • Qu’est-ce que j’ai envie de lire en ce moment ?
  • Je recommande le livre : Ninth Street Women de Mary Gabriel. L’histoire depuis 1935 de 5 femmes peintres.
  • Qu’est ce que j’ai envie d’écouter ?
  • Du blues comme Buddy Guy.
  • Un film ? J’ai envie de voir/revoir :
  • Je regarde les séries sur Netflix et Amazon ( Mrs Maizel).
  • Ce que j’ai envie de faire ?
  • Pas sûre d’avoir envie de deconfiner … Je sais pas comment ça va se passer. Comme je suis à la campagne, j’ai surtout très envie d’y rester.

2 – Dominique Martigne

Artiste sélectionné de la Biennale 2019

Dominique Martigne fait partie du collectif organisateur de la Biennale.

martigne.fr

Peut être que si j’étais dans un vaisseau spatial en route pour Mars le temps serait ainsi, long et pas long, fatiguant par sa lenteur, sans désir, peut être sans fin avec ce petit quelque chose qui donne le sentiment de vivre quelque chose de rare.

L’espace se réduit et l’imagination, oublie l’extérieur
Le temps s’allonge et l’instant ne se mesure plus
la lumière, elle, essaye de rythmer le temps, sans rien attendre de nous elle définit l’espace dans un monde ou l’heure n’a plus grande importance.

Moi qui aime photographier les “petits riens” en ces temps de confinement ils prennent encore plus de valeur.

Ici une série de photos confinée, ou tout est derrière quelque chose ;
vitres, buée, grosses lentilles, reflets…

En ces temps de confinement :

  • Qu’est-ce que j’ai envie de lire en ce moment ?
  • Je viens de finir « les dépossédés » d’Ursula Le Guin, je crois que je pourrais recommencer, pour l’instant je suis en Laponie avec Olivier Truc, avant de partir pour la Vienne de l’après guerre avec le « 3ème homme ».
  • Qu’est ce que j’ai envie d’écouter ?
  • Il y en a une qui me manque faite de vent et de sel
  • Un film ? J’ai envie de voir/revoir :
  • Peut être bien Hair, ou Apocalypse Now.
  • Ce que j’ai envie de faire ?
  • De voir un horizon serein, calme, lumineux, joyeux, de voir quelque chose que je n’ai jamais vu, mais finalement, je ne sais pas si j’ai envie de déconfiner si vite…

3 – Isabelle Maarek

Artiste sélectionnée de la Biennale 2019

isabelle-maarek.blogspot.com

Je suis partie des méandres naturels laissés par les dépôts d’encre sur le papier. J’ai vu des paysages à qui j’ai donné une échelle par l’ajout de végétations ou d’habitations vernaculaires. Les endroits que j’ai laissé vierges; les vides crée une grande respiration. Douceur d’un monde, le notre à nouveau, demain ?

En ces temps de confinement :

  • Qu’est-ce que j’ai envie de lire en ce moment ?
  • Oblomov de Gontcharov

4 – Magda Moraczewska

Artiste sélectionnée de la Biennale 2019

moimagda.net

Jour après jour, jamais à la même heure, les feutres venaient lui chatouiller la peau. Parfois c’était un crayon, ou alors un bic et le ressenti n’était pas le même. Les mains se posaient sur son dos, chaudes, ridées et sèches. L’impression, indescriptible, d’un regard à travers la couverture cartonnée…

Il attendait sa venue impromptue. Il la voyait alors – pleine d’entrain, mais souvent aussi fatiguée, lasse. Elle ne restait jamais longtemps, deux minutes peut-être, de quoi être frustré ! Jour après jour les traits tracés faisaient sens.

Il comprenait, il pensait tout saisir – le temps, trop long, l’enferment, malgré les sorties, l’inquiétude, ou alors un total détachement … inconsciente ! criait-il de toutes ses feuilles. Il ressentait aussi bien les attentes, que les pensées tournant en rond, comme cette musique qu’elle mettait le soir, répétitive.
Il savait qu’en dehors de ces deux minutes quotidiennes, elle le trompait avec l’écriture, elle y passait trop de temps, y prenait plaisir… certainement …

Écrira-t-elle l’histoire d’un carnet qui avait trop peu de pages ?

En ces temps de confinement :

  • Qu’est-ce que j’ai envie de lire en ce moment ?
  • je lis Herta Muller – le renard était déjà chasseur, Olga Tokarczuk – dieu le temps les hommes et les anges …
  • Qu’est ce que j’ai envie d’écouter ?
  • Steve Reich, John Adams, Philip Glass, en demandant aux miens si la musique ne les dérange pas …
  • Un film ? J’ai envie de voir/revoir :
  • j’aimerais revoir des films de Zanussi ou de Kieslowski
  • Ce que j’ai envie de faire ?
  • la mer, l’Océan, le sable, je suis prête à avoir froid, dans le vent du soir (et – non je ne suis pas en vacances en ce moment) …

5 – Frédéric Oudrix

Artiste sélectionné de la Biennale 2019

oudrix.fr

Bonjour à tous, voici mes dernières images à l’atelier, J’ai la chance d’être dans une rue où tous les voisins sont des amis. Le confinement, j’ai l’impression de l’avoir dans la peau. Je me sens très à l’aise dans cet  espace temps à profusion. Plus d’appels d’offre, plus de projets, plus d’urgence. Du temps à le perdre Glop! glop! et puis un silence incroyable la nuit, le matin, l’après midi. On regarde le ciel, on prophétise sur la vitesse des nuages. On regarde un avion qui passe comme une rareté. La peinture est revenue!. Et le temps qui file ce salaud.

travaux réalisés en 2020, les titres :
Solo de stratocaster sur le mékong, La petite île où chuchotent les cailloux, Appartements détail, Appartements, Les hasards associés

En ces temps de confinement :

  • Qu’est-ce que j’ai envie de lire en ce moment ?
  • J’ai abandonné Soljenitsyne et son « premier cercle » pour Sylvain Tesson et sa « panthère des neige ». Aujourd’hui je suis à la recherche du livre écrit pour moi, je cherche.
  • Qu’est ce j’ai envie d’écouter ?
  • En boucle Benny Goodman dans le concerto pour clarinette d’Aaron Copland, bien que j’ai toujours eu un problème avec la clarinette… on change.
  • Un film ? J’ai envie de voir/revoir :
  • « Les trois jour du Condor » avec mon ami Redford et tout ces Polars des années 75.
  • Ce que j’ai envie de faire ?
  • Ce matin une pensée furtive me traverse le cortex: marcher pieds-nus à marée basse avec sa belle au bout des doigts dans la direction de la terrasse du restaurant « les flots bleus ».